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Bonne lecture!
Pêche

Pêcher moins pour pêcher plus longtemps, ou ne plus pêcher du tout ?


Voilà la question qui sépare les partisans d’une pêche durable. Cet article se veut introductif et récapitulatif, car j’aborderai le sujet des pêches très régulièrement dans ce blog.

Au niveau de l’Union Européenne, il faut savoir que la Politique Commune des Pêches (PCP ou CFP en anglais pour Common Fisheries Policy), a été introduite dans les années 1980 afin de combattre les impacts de la surpêche. Les ressources marines s’épuisaient, les techniques de pêche s’amélioraient, il fallait faire quelque chose pour ne pas vider nos océans. Mais il faut savoir que la PCP n’y changea strictement rien, et aujourd’hui encore, le problème de la surpêche est un problème majeur.

D’autres problèmes sont apparus par la suite. La création de partenariats de pêche entre l’Union Européenne et des pays en voie de développement a provoqué la destruction des ressources marines dans ces eaux, et n’a pas forcément aidé au développement économique de ces pays, parfois bien au contraire (certains parlent même de méthodes néocolonialistes).

Nous avons également découvert la pratique des rejets, qui consiste, comme son nom l’indique, à rejeter en mer certaines espèces, soit parce qu’elles ne sont pas rentables économiquement, soit parce que de taille trop petite, soit parce que non-autorisées à être pêchées. Tant mieux, me direz-vous, cela réduit la quantité de prise et permet à ces petits poissons de ne pas finir dans nos assiettes ! Sauf que non, parce que bien évidemment, entre le moment de leur prise et leur rejet, ces poissons sont morts. Donc, on rejette des poissons morts, en mer. Il paraît qu’à certains endroits du globe, on peut apercevoir de vrais cimetières marins, les poissons morts flottant par millier. Morts pour quoi ? Pour rien.

Alors bien sûr, 30 ans après l’introduction de la PCP, on se dit qu’il va falloir changer les choses. Que cela ne peut plus durer. Le public commence à être au courant des subventions hallucinantes accordées aux lourdes industries de pêche, finançant donc directement les impacts écologiques. En outre, les exigences écologiques se font de plus en plus pressantes, et l’UE ne peut plus se permettre de pointer du doigt tout en finançant ce désastre.

La Commission Européenne a donc émis une proposition de réforme en 2010, qui s’appliquera à partir de 2012 et jusqu’en 2020. Au regard de l’état de nos ressources marines, c’est un peu notre dernière chance pour réformer radicalement et efficacement cette politique plus destructrice que réparatrice. La proposition de réforme a été discutée activement au sein du Conseil et du Parlement (en co-décision depuis 2009) et la Commission présentera dans 10 jours exactement (le 13 juillet 2011) sa nouvelle proposition, prenant en compte (ou non !) les critiques et propositions. Contrairement aux précédentes réformes, celle-ci aura eu le mérite de faire participer davantage les groupes d’opinion (ONG, gouvernements, citoyens…), ce qui rend encore plus difficile l’élaboration d’un compromis entre toutes les parties prenantes. Madame Damanaki, Commissaire Grecque en charge des pêches, peine à mettre tout le monde d’accord. Depuis la semaine dernière, elle s’est mise à dos une grande partie des Etats membres de l’UE, qui refusent que la Commission diminue leurs subventions pour la pêche. Cependant, si elle décide d’accorder le même montant qu’aujourd’hui jusqu’en 2020, elle s’attirera les foudres des défenseurs de l’environnement, convaincus pour la plupart que nos océans seront vides en 2040 (à ce sujet, voir le film passionnant SEA THE TRUTH, de la Nicolaas G. Pierson Foundation).

Conflits entre partisans de l’économie de marché et partisans de la protection de l’environnement, c’est bien connu, mais conflits parmi ces derniers, c’est plus rare ! Et c’est bien ce qui se trame sous ce débat. Certains affirment qu’il faut complétement arrêter de pêcher, sous peine de vider nos océans. En contrepartie économique, ils regorgent d’idées à proposer aux pêcheurs pour éviter de les mettre au chômage : pêcher les millions de tonnes de plastique plutôt que les poissons, par exemple.

Et puis il y a les autres. Ceux qui prônent le « pêcher moins pour pêcher plus longtemps ». En clair, on laisse nos océans se reconstruire en ne pêchant qu’à certaines périodes de l’année. La nature faisant son travail, plus de ressources marines seront disponibles, et l’on pourra alors à nouveau pêcher.

Je me demande cependant comment l’on pourra réguler de telles pratiques. A partir de quel moment pourra-t-on estimer pouvoir pêcher à nouveau ? N’est-ce pas un cercle vicieux, dans lequel on se remettra à pêcher de la même manière qu’on le fait aujourd’hui ?

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Discussion

Une réflexion sur “Pêcher moins pour pêcher plus longtemps, ou ne plus pêcher du tout ?

  1. « ils regorgent d’idées à proposer aux pêcheurs pour éviter de les mettre au chômage : pêcher les millions de tonnes de plastique plutôt que les poissons, par exemple. »

    Autre possibilité : il s’agit de marins.
    Donc, plutôt que de partir en mer pour quasi rien ou pour toucher des subventions (cas des petits pêcheurs), le mieux serait qu’ils transportent des marchandises sur nos fleuves et rivières.
    Leur chalut n’est pas adapté ? Qu’importe : la prime à la casse d’un chalut pour l’achat d’une péniche est plus intéressant pour le pays que la prime à la casse auto.
    A celà, une fiscalité (hausse des péages camions) ré-équilibrant le transport fluvial face au transport routier, et, non seulement on trouve de l’emplois pour nos pêcheurs, mais en plus, on a une solution moins polluante pour nos marchandises.

    Publié par Jean-Marc | 20 juillet 2011, 10 h 03 min

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