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Bonne lecture!
Agriculture

Interdiction de l’engrais naturel Sémafort, ou quand le Grenelle s’emmêle


Comment ne pas réagir à cet article publié ce matin sur le site de Libération?

Il est dit que le Sémafort, un engrais phytosanitaire à base d’algues, d’extraits végétaux, et de phosphites, utilisé pour combattre le mildiou qui se nourrit de légumes et ravage les champs, est sur le point d’être interdit en France.

Fabriqué en Allemagne, il est autorisé en Europe mais n’a pas encore reçu d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) pour la France. Ainsi, un groupe Alsacien de 460 maraîchers, testeurs du Sémafort depuis 2007 et ravis de ce produit miraculeux vont devoir se plier aux règles de commerce. C’est bien dommage car selon Denis, le Sémafort «est trois fois moins cher à l’hectare, et nettement plus efficace. Les rendements sont supérieurs. Et en plus, cela permet de réduire l’impact négatif sur la nature».

Voici une histoire bien triste qui ne m’aurait pas plus interpellée que ça si l’argument du Grenelle n’avait pas été mis en avant par le Ministère de l’Agriculture :

« Le gouvernement a justement demandé aux agriculteurs, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, de diviser par deux d’ici 2018 leur consommation de produits phytosanitaires. »

Certes, par produits phytosanitaires, le Grenelle entendait bien « pesticides ». En 2008, le gouvernement a lancé le plan Ecophyto 2018, qui vise effectivement à réduire de 50% l’utilisation de pesticides. Bien. Mais tous ces produits doivent-ils être mis sur un même pied d’égalité ? A la lecture de l’article de Libération, on croirait que le Sémafort est LE produit bio et naturel le plus respectueux qu’il soit. Enquête : Après avoir fouiné sur le net, j’ai découvert que le Sémafort est en cours d’homologation et au regard de ses « bons résultats », il serait particulièrement utilisé pour des agricultures dîtes « durables ».

Je suis également tombée sur une liste des produits SPD (Stimulateurs de Défense des Plantes) testés en 2009, dont faisait partie le Sémafort. Seul un de ces produits avait obtenu une Autorisation de mise sur le marché : le BION 50WGR, essentiellement composé d’Acibenzolar S méthyl, avec pour type de molécule Benzothiadazole. Vite, une recherche Wikipédia s’impose : « irritant, dangereux pour l’environnement, dose journalière acceptable (DJA) pour l’homme : 0,05 mg·kg-1·j-1». Et devinez qui commercialise ce produit ? Syngenta. Oui, le géant agrochimique Suisse producteur d’OGM et lobbyiste à plein temps auprès du gouvernement.

Certes on ne peut pas encore certifier que le Sémafort est « bio ». François-Xavier Maxant, le responsable du laboratoire Tribo Technologies qui développe le Sémafort déclare d’ailleurs que «ce n’est pas une révolution, mais une réelle innovation, qui permet de faire avancer les choses. Il s’agit d’un produit écologique mais pas biologique. » L’engrais ne peut donc pas être utilisé par les producteurs bio car « le cahier des charges est trop lourd pour obtenir la classification », poursuit-il. (lien vers l’Université de Strasbourg)

Plutôt que de déclarer bien trop vite l’interdiction de l’utilisation du Sémafort, le Ministère de l’Agriculture ferait mieux d’imiter la Chambre d’Agriculture d’Alsace qui propose à ses maraîchers de tester le produit sur leurs légumes (des techniciens agricoles répertorient ensuite et analysent les résultats), et qui soutient la recherche au sein du laboratoire Tribo. 

Pour se défendre, le gouvernement invoquera des démarches bien trop compliquées pour faire homologuer le produit. Et il est vrai que contrairement à l’Allemagne, où les produits phytosanitaires peuvent être assimilés à des engrais lorsqu’ils ont la propriété de renforcer les plantes, la France distingue radicalement les engrais des phytosanitaires. Faire homologuer le Sémafort pourrait ainsi coûter jusqu’à un million d’euro (selon l’Université de Strasbourg), voire même quatre millions d’euro (selon l’association Alsacienne Planète Légumes qui regroupe les maraîchers testeurs du produit), et demanderait entre trois et six ans. Cependant, je pense que si la Recherche découvre que certains phytosanitaires écologiques peuvent être utilisés en tant qu’engrais, leur commercialisation ne doit pas être entravée. Le but premier du Grenelle étant une protection accrue de l’environnement, la France ne doit pas s’emmêler les pinceaux avec des homologations longues et coûteuses pour les « bons » produits, et des mises sur le marché immédiates de pesticides chimiques.

Bien sûr, plutôt que de modifier l’homologation française, le gouvernement a d’autres chats à fouetter. Il faut financer la campagne 2011, et certains lobbyistes n’attendent pas !

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Discussion

Une réflexion sur “Interdiction de l’engrais naturel Sémafort, ou quand le Grenelle s’emmêle

  1. Si j’ai bien compris dans le monde très propre et sans traitement de la bio par dérogations complaisamment octroyées par le ministère Vert de NKM on peut impunément utiliser de puissants neurotoxiques « naturels » comme la roténone responsable de refiler la maladie de Parkinson (heureusement que les bobos du 16eme ne savent rien !!!!); et il faudrait que seuls les affreux conventionnels doivent payer l’addition de la perte de compétitivité de l’agriculture Française découlant du Grenelle et d’Ecophyto 2018 (je me tire une balle dans le pied droit et j’en redemande une pour le pied gauche!) bravo les gars continuez

    Publié par GLAMIGENE | 12 août 2011, 12 h 10 min

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