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Politique

Propositions pour le Sommet de la Terre 2012: le Parlement Européen affaiblit sa position


Aujourd’hui à Strasbourg, les députés du Parlement Européen se sont mis d’accord (449 voix pour, 103 voix contre, et 45 abstentions) sur les recommandations à présenter en vue du Sommet de la Terre sur le « Développement Durable » Rio+20. Prévu pour juin 2012 à Rio de Janeiro, cet évènement fêtera les 40 ans du premier sommet du genre qui s’est tenu en 1972 à Stockholm en Suède. Cette année, le programme se concentrera sur « l’économie verte dans le cadre du développement durable et de l’élimination de la pauvreté » et « le cadre institutionnel du développement durable ».Devenu une tradition, beaucoup y voient l’opportunité de remettre les pendules à l’heure, de sensibiliser le grand public, de montrer que les États s’engagent. D’autres y voient aussi une grande arnaque, tel un iceberg repeint en vert qui cacherait bien l’hypocrisie des engagements pris. On ne peut pas dire que l’ONU, avec ces réunions médiatisées, n’a joué aucun rôle (création du Programme des Nations Unie pour l’Environnement ; programme Action 21 ; etc.). Il semble cependant que ce Sommet, de moins en moins apprécié par le monde écolo, est à réviser. Rien que l’utilisation du terme « développement durable » attire tellement les foudres que l’on se demande pourquoi les organisateurs tiennent encore à l’employer  année après année. Passons.

L’ONU reçoit jusqu’à fin novembre les propositions des États qui serviront de base aux négociations. Le Parlement Européen, de même que la Commission et le Conseil, s’empressent donc de voter leur texte sur Rio+20 afin que l’UE –super-état –  présente sa position commune. Cette volonté, cette ténacité du Parlement Européen à vouloir définir une « common position » pour qu’elle soit ensuite révisée, négociée, corrigée par le Conseil et la Commission n’est peut-être pas la bonne stratégie. Il est vrai que les «position papers » ont la cote. Ils sont utilisés dans bien des organisations, leur diffusion est une méthode très appréciée et reconnue, notamment au sein des ONG. Les Institutions les utilisent aussi, c’est un moyen facile de communiquer leur point de vue sur un sujet. Néanmoins, le Parlement Européen n’est-il pas « trop » multipartiste pour se vanter de l’adoption d’une position commune ? Quel intérêt à vouloir montrer que les eurodéputés se sont unis sur les objectifs à revendiquer en juin 2012 ? Qui va me dire que Mr Le Pen s’est activement impliqué dans la rédaction de ce texte ? Personne n’oserait. Il faut reconnaître qu’il n y a que les environnementalistes que ça intéresse : le groupe des Verts et les membres de la Commission du Parlement pour l’Environnement. Les autres vont voter les recommandations en plénière un peu au hasard car de toute façon, ils n’ont sûrement aucun avis sur la question.

Le texte est long (111 points en tout), apporte des informations assez détaillées et aborde (presque) tous les problèmes. Mais, disons-le clairement, il est général, presque gentil. Pas de force, pas de volonté déchirante, pratiquement que du bon sens. Un exemple ? Le Parlement Européen « relève que le passage à une économie verte requiert de transformer radicalement le secteur énergétique dans le but tant de promouvoir les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ainsi qu’un accès universel à l’énergie, même pour les populations pauvres ». Waouh, « même pour les populations pauvres », quelle audace ! Qui oserait s’opposer à ce type de proposition ? Là est toute la faiblesse du Parlement lorsqu’il veut s’exprimer d’une seule voix. On ne peut réunir 736 voix en une seule. Entre un Conservateur qui dit « oui » et un Vert qui dit « non », on obtiendra un « éventuellement, pourquoi pas, bof ». Pourquoi les 7 groupes politiques n’ont pas pris l’initiative de rédiger leur propre position ? La couleur politique aurait apporté beaucoup plus de propositions concrètes pour les négociations du Sommet de la Terre et la force de persuasion européenne n’en aurait été que renforcée sur la scène internationale, notamment face à des poids lourds difficiles à convaincre tels que la Chine.

Soulignons de très bons points dans le texte tout de même :

  • [Le Parlement Européen] demande que des mesures soient adoptées à l’échelle internationale pour mettre un terme à la spéculation financière qui contribuent à l’extrême volatilité du prix des aliments et aux crises alimentaires mondiales qui s’ensuivent.
  •  [Le Parlement Européen] souligne que le sommet Rio+20 doit offrir un modèle alternatif de mesure de la croissance et du bien-être qui aille au-delà de l’évaluation sur la base du PIB, en se fondant sur des initiatives telles que le système des comptes intégrés de l’environnement et de l’économie (SCIEE), l’indice de développement humain (PNUD) et le projet Mesurer le progrès des sociétés de l’OCDE; souligne que ce modèle doit permettre de mesurer les progrès dans une perspective élargie, englobant les dimensions économique, environnementale et sociale; appelle par conséquent à l’adoption d’indicateurs clairs et mesurables tenant compte du changement climatique, de la biodiversité, de l’utilisation rationnelle des ressources et de l’insertion sociale;

Et d’autres plus mauvais :

  • [Le Parlement Européen] demande au sommet Rio+20 de faire en sorte à garantir la durabilité des biocarburants et de la bioénergie, tout en veillant au plein respect des droits de l’homme et à la protection de l’environnement.
    On se demande bien comment la « durabilité des biocarburants », donc leur utilisation sur le long-terme, peut promouvoir un « respect des droits de l’homme » et une « protection de l’environnement ». (cf. article « Agrocarburants, et si l’Europe se trompait? »).
  • L’élevage est une partie essentielle de l’économie verte.
    Il serait intéressant d’en savoir plus sur les sources scientifiques et économiques d’une telle affirmation ( !).

On note aussi l’absence totale de référence au sujet houleux des OGM, qui semble pourtant nécessaire d’aborder au niveau international.

Il semble peu probable que ce sujet s’invite à la réunion du Conseil les 17 et 18 octobre prochains, lors de la préparation de sa position. Quant à la Commission, ses recommandations se focalisaient principalement sur un effort du secteur privé, « insuffisant » selon le Parlement Européen.

La position commune de l’UE qui sera présentée à l’ONU en novembre risque donc d’être très mitigée.

 

 

Le Communiqué du Parlement sur le sommet de Rio :
http://www.europarl.europa.eu/fr/pressroom/content/20110929IPR27849/html/Les-d%C3%A9put%C3%A9s-veulent-des-objectifs-pour-une-%C3%A9conomie-verte-mondialis%C3%A9e

 

Le texte adopté par le Parlement Européen en session plénière le 29/09/2011:
http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?language=FR&type=TA&reference=20110929&secondRef=TOC
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